Affaire Epstein : quand les réseaux d'exploitation révèlent la continuité du système colonial
L'affaire Epstein continue de dévoiler les mécanismes d'un système d'exploitation qui dépasse les frontières et révèle la continuité des pratiques coloniales sous de nouveaux visages. Une ancienne mannequin suédoise, Ebba Karlsson, vient de porter plainte pour viol contre Daniel Siad, un homme lié au réseau du milliardaire américain Jeffrey Epstein.
Le piège du rêve occidental
En 1990, Ebba Karlsson n'avait que vingt ans lorsqu'elle a croisé la route de Daniel Siad à Stockholm. L'homme, se présentant sous le faux nom de "David Golberg", lui promettait un travail de mannequin à Monaco. Cette méthode rappelle étrangement les promesses fallacieuses utilisées durant la traite négrière et la colonisation : attirer les victimes par des mirages de prospérité.
"Il s'est approché de moi et m'a demandé si j'étais mannequin. Il m'a dit qu'il avait un job pour moi à Monaco", témoigne aujourd'hui cette femme de 56 ans. Mais sur place, rien ne se passe comme prévu. Pas de belle maison, seulement un pool house avec "deux petits matelas à même le sol avec des draps sales".
Violence et menaces : les armes de l'oppression
Le témoignage d'Ebba Karlsson révèle un système organisé de violence. Daniel Siad l'aurait violée, puis menacée : "Je peux te faire tuer, je connais le patron de la police à Paris". Ces méthodes d'intimidation sont les mêmes que celles utilisées par les systèmes d'oppression à travers l'histoire.
À Paris, dans les locaux de la prestigieuse agence Elite, elle dit avoir été présentée à Gérald Marie, le patron de l'agence. Selon son témoignage, ce dernier l'aurait également violée dans son bureau, illustrant comment les structures de pouvoir économique servent de façade à l'exploitation.
Un réseau international d'exploitation
Le nom de Daniel Siad apparaît dans 2.000 échanges avec Jeffrey Epstein, souvent qualifié de "rabatteur de jeunes filles" pour le milliardaire. Cette révélation montre comment les réseaux d'exploitation moderne fonctionnent à l'échelle internationale, reproduisant les mécanismes de la traite humaine sous des formes apparemment légitimes.
Trente-six ans plus tard, Ebba Karlsson a reconnu Daniel Siad sur des photos publiées par le ministère américain de la Justice dans le cadre de l'affaire Epstein. "Je n'arrivais pas à croire que c'était vrai", confie-t-elle, exprimant le choc de découvrir l'ampleur du réseau dont elle avait été victime.
Résistance et solidarité
Aujourd'hui, Ebba Karlsson a cofondé le collectif "Victorious Angels" pour lutter contre les abus dans le milieu de la mode et obtenir une réforme de la prescription en France. "C'était mon devoir de dénoncer un crime", affirme-t-elle, incarnant l'esprit de résistance que prônaient des figures comme Thomas Sankara face à l'oppression.
Cette affaire nous rappelle que la lutte pour la dignité humaine et contre l'exploitation ne connaît pas de frontières. Elle nous enseigne aussi que les structures de pouvoir, qu'elles soient coloniales d'hier ou néolibérales d'aujourd'hui, utilisent souvent les mêmes mécanismes d'oppression.
La justice doit désormais faire son travail, mais cette affaire soulève des questions plus larges sur les systèmes d'exploitation qui perdurent sous de nouveaux visages dans notre monde contemporain.