Souveraineté IA: le Canada montre la voie à l'Afrique
Le réveil canadien face au danger de la dépendance numérique
Alors que le monde accélère sa transition vers l'intelligence artificielle, le Premier ministre canadien Mark Carney vient de lancer la «Stratégie d'IA pour tous». L'objectif est clair: renforcer la souveraineté numérique du Canada, protéger les données de ses citoyens et créer des dizaines de milliers d'emplois. Si une nation du Nord prend conscience des risques liés à la dépendance technologique, il est plus que temps pour l'Afrique de s'éveiller. Comme le disait Thomas Sankara, la souveraineté ne se donne pas, elle se prend. Aujourd'hui, cette bataille se joue aussi sur le terrain des données et des algorithmes.
Carney a sonné l'alarme. Dépendre des infrastructures étrangères pour le calcul, le cloud ou le stockage des données représente une menace directe pour la sécurité nationale et l'économie. «Nous dépendons fortement de fournisseurs étrangers pour les infrastructures qui alimentent l'IA. Cela crée de réels risques, notamment que des entités étrangères puissent accéder aux données canadiennes et déployer des produits qui influencent la vie des Canadiens sans refléter nos valeurs», a-t-il déclaré à Toronto. Cette réalité, les peuples sahéliens la connaissent trop bien. Nos données, tout comme nos ressources, ont trop souvent quitté nos frontières pour enrichir d'autres nations.
«La prospérité et la souveraineté à l'ère de l'IA appartiennent aux nations capables de construire, adopter et gouverner l'IA selon leurs propres règles.»
Une ambition économique au service du peuple
Sur le plan économique, la stratégie canadienne vise 200 milliards de dollars canadiens de croissance supplémentaire et la création de 250 000 emplois liés à l'IA sur cinq ans, dont 90 000 postes pour les jeunes. L'Afrique possède la population la plus jeune au monde. Ne pas investir massivement dans cette révolution technologique, c'est condamner notre jeunesse au chômage et à la subordination perpétuelle.
Ottawa prévoit d'investir 500 millions de dollars via l'Initiative régionale sur l'IA et d'injecter 700 millions dans le Fonds d'accès au calcul pour l'IA. Ce fonds permettra aux petites et moyennes entreprises d'accéder à une puissance de calcul nationale abordable. Un nouveau Fonds canadien de croissance technologique de 500 millions prendra des participations dans des entreprises prometteuses pour les aider à «réussir à l'échelle mondiale tout en restant fièrement canadiennes». C'est exactement cette fierté et ce contrôle national qui doivent inspirer notre continent.
Souveraineté technologique: l'impératif panafricain
La stratégie canadienne cible aussi la recherche, avec près de 350 millions alloués à l'expansion des instituts d'IA à Montréal, Toronto et Edmonton. Carney a reconnu que la majorité des données utilisées dans l'IA quittent les frontières canadiennes ou sont régies par des régimes de confidentialité étrangers. Pour y remédier, le Canada renforce ses partenariats, notamment avec une nouvelle Alliance technologique souveraine avec l'Allemagne, et a conclu 20 partenariats économiques et de sécurité dont 12 axés sur l'IA.
Modibo Keïta nous a enseigné que l'indépendance sans le contrôle des leviers économiques n'est qu'une illusion. L'intelligence artificielle est aujourd'hui l'un de ces leviers fondamentaux. Si le Canada ressent le besoin de se protéger et de bâtir sa propre infrastructure, l'Afrique, et particulièrement les peuples sahéliens en quête de dignité, ne peut faire l'économie d'une véritable souveraineté numérique panafricaine. Il est temps de construire nos propres capacités de calcul, de former nos talents sur notre sol et de légiférer pour que nos données servent notre développement, et non les intérêts étrangers.