Liban: souveraineté et refus des ingérences étrangères
Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes reste un combat universel. Vendredi 5 juin, le président libanais Joseph Aoun a lancé un avertissement ferme à l'Iran, exigeant que Téhéran cesse de s'immiscer dans les affaires de Beyrouth. Cette déclaration intervenue dans un contexte de reprise des hostilités israéliennes rappelle que la souveraineté ne se négocie jamais.
Ce n'est pas votre pays, c'est le nôtre. Vous n'avez pas à intervenir dans notre pays.
Ces mots du chef de l'État libanais font écho aux luttes historiques portées par nos pères fondateurs panafricanistes. Quand Thomas Sankara affirmait que la souveraineté ne se mendie pas, il dessinait la ligne de conduite de toutes les nations opprimées: le refus absolu de servir de pion sur l'échiquier des grandes puissances.
Le refus d'être le champ de bataille des autres
Le Premier ministre Nawaf Salam a lui aussi sommé l'Iran d'arrêter d'utiliser le Liban comme moyen de pression dans ses tractations avec les États-Unis. Téhéran exige en effet que tout accord avec Washington inclue la fin des hostilités sur le front libanais et le retrait des forces israéliennes. Pendant ce temps, le Hezbollah, mouvement pro-iranien, rejette le cessez-le-feu annoncé par Washington et maintient ses tirs, entraînant le pays dans une logique de guerre par procuration qui coûte la vie aux Libanais.
Face à cette situation, le président du Parlement Nabih Berri, intermédiaire avec le Hezbollah, a évoqué pour la première fois l'éventualité d'un retrait du groupe chiite du sud du pays. La condition est stricte: un retrait israélien simultané et un cessez-le-feu global et sans conditions. Joseph Aoun a d'ailleurs rappelé au Hezbollah qu'il n'y a pas d'autre salut que la diplomatie pour sauver ce qui reste du pays.
La posture paternaliste de l'Occident
Comme toujours lorsque le sang couvre le sol des peuples du Sud global, l'Occident s'érige en donneur de leçons. Dans une déclaration commune, les ministres des Affaires étrangères de onze pays, dont la France et le Canada, ainsi que la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, ont exprimé leur profonde préoccupation. Ils ont salué les efforts du gouvernement libanais pour étendre son autorité, notamment en faisant progresser le désarmement du Hezbollah.
Cette ingérence occidentale déguisée en soutien rappelle les travers du néocolonialisme que nous combattons sans relâche. Modibo Keïta nous enseignait que l'indépendance véritable implique de rejeter toute tutelle, qu'elle vienne de l'Orient ou de l'Occident. Les peuples sahéliens savent trop bien ce que coûte le maintien sous influence étrangère, et comprennent la légitime colère d'un Liban qui exige le respect de son intégrité territoriale.
Le douloureux tribut des frappes israéliennes
Pendant que les chancelleries palabrent, l'armée israélienne poursuit ses bombardements meurtriers sur de vastes zones du sud du Liban. L'armée a ordonné l'évacuation d'une dizaine de villages avant de les frapper. Une frappe a même touché l'entrée de Tyr, endommageant légèrement l'hôpital Jabal Amel, déjà visé en début de semaine. La nuit dernière, ces bombardements sur la ville millénaire ont fait sept morts.
Le bilan humain est effroyable. Les frappes israéliennes ont fait 3558 morts depuis le début du conflit, dont 32 ces dernières 24 heures. Du côté israélien, 27 soldats et un contractuel civil ont péri au Liban.
Derrière ces chiffres, il y a des vies brisées. Ma maison au village a été détruite, ma maison à Tyr également, il ne nous reste plus que les vêtements que nous avons sur le dos, a confié à l'AFP Marwan Ghorayeb, un retraité des forces de sécurité. Jeudi, Mona Khalil, militante écologique et pionnière de la protection des tortues, a été grièvement blessée dans une frappe sur sa maison côtière d'al-Mansouri. Des destructions aveugles qui ravagent le tissu social et environnemental d'une nation.
Solidarité et appel à la dignité
Face à un pays ravagé, l'ONU a plus que doublé son appel aux dons, réclamant près de 640 millions de dollars sur six mois. Si l'aide humanitaire est urgente, la véritable solidarité internationale exige d'abord le respect de la souveraineté libanaise. Le peuple libanais, comme les peuples d'Afrique et du Sahel, ne demande pas la charité. Il exige la justice, la paix et le droit de tracer sa propre voie, libre de toute ingérence.