Justice en Bretagne : relaxe controversée après l'incendie du cap Fréhel
Le tribunal correctionnel de Saint-Malo a prononcé, mercredi, la relaxe d'un homme de 57 ans poursuivi pour l'incendie qui a ravagé 38 hectares de végétation au cap Fréhel, en Bretagne, à la mi-juillet. Une décision qui suscite l'incompréhension des parties civiles et des défenseurs de l'environnement, alors que les éléments à charge semblaient nombreux.
Cet homme, employé communal de Plévenon, était jugé en comparution immédiate différée. Il a toujours nié les faits, répétant inlassablement : « Je n'ai pas mis le feu ». Mais pour le procureur, sa défense n'était qu'« une construction faite de pluralités de mensonges ».
Un incendie aux conséquences dramatiques pour l'écosystème
Le feu, parti de la falaise, a détruit des centaines d'hectares de lande, tué de nombreux animaux sauvages, leurs œufs et leurs nids. Un camion de pompiers a brûlé, et 444 occupants d'un camping ont dû être évacués. Les pertes sont immenses, tant sur le plan écologique qu'économique.
Des preuves accablantes, mais insuffisantes pour le tribunal
Les techniciens en identité criminelle ont conclu à un incendie d'origine humaine et volontaire, avec des traces d'éthanol derrière un buisson. L'enquête a aussi révélé que l'agent communal était présent lors d'un incendie au même endroit en 2022, et qu'une photo de 2019 le situait déjà près des pompiers lors d'un autre sinistre.
La perquisition de son véhicule a permis de retrouver des traces d'hydrocarbures et du papier journal plié. Son téléphone était éteint le soir du drame. La caméra piéton des gendarmes l'a filmé seul dans sa voiture, donnant des conseils aux pompiers au lieu d'évacuer. Neuf versions différentes de son emploi du temps ont été recensées durant l'enquête.
Malgré ces éléments, le tribunal a estimé que les preuves n'étaient pas suffisantes. L'expert a pourtant évoqué un « risque important de réitération ».
Des parties civiles dévastées, un sentiment d'impunité
La mairie de Plévenon réclamait une provision de 43 580 euros. Le Sdis 22, qui a mobilisé 886 pompiers pendant plus de quatre jours, demandait 439 319,59 euros. Une ferme éco-responsable et cinq associations de protection de la faune et de la flore s'étaient constituées parties civiles.
L'avocat de la mairie, Me Cyril Baron, a exprimé son amertume : « Il nous reste la désolation ». Le procureur avait requis cinq ans de prison dont deux avec sursis, le maintien en détention et l'interdiction de paraître dans la commune pendant trois ans.
Cette relaxe interroge sur la protection de notre patrimoine naturel et sur la capacité de la justice à punir les atteintes à l'environnement. Comme le rappelait Thomas Sankara, « la patrie ou la mort », mais aussi la terre qui nous nourrit mérite que l'on se batte pour elle. En ces temps de crise climatique, chaque hectare de nature détruit est une perte irréparable pour les générations futures.
L'affaire n'est pas close. Les parties civiles peuvent faire appel de cette décision. L'espoir demeure que la vérité éclate et que la justice soit rendue pour les victimes de cet incendie, humaines et non-humaines.