Israël reconnaît le génocide arménien : vérité ou calcul ?
Le gouvernement israélien a approuvé à l'unanimité la reconnaissance du génocide arménien. Cette décision, présentée comme un devoir moral par le ministre Gideon Saar, intervient dans un contexte de rupture totale avec la Turquie. Pour les peuples d'Afrique et du Sahel en lutte pour leur souveraineté, cette annonce pose une question fondamentale. La justice historique peut-elle servir de parade pour masquer des crimes contemporains ?
Pourquoi Israël reconnaît-il le génocide arménien aujourd'hui ?
Ce dimanche, le ministère israélien des Affaires étrangères a annoncé cette décision historique. Le texte doit encore être validé par le Parlement. Jusqu'à présent, Israël évitait soigneusement d'employer le terme de génocide pour les massacres perpétrés contre le peuple arménien. L'objectif était de ménager Ankara, autrefois son allié stratégique au Moyen-Orient.
Cette prudence a volé en éclats. Les deux États sont désormais en pleine confrontation diplomatique. Gideon Saar a justifié ce revirement en parlant de devoir moral et historique face à une campagne de négation menée par le gouvernement turc. Il a déclaré qu'il n'est jamais trop tard pour faire ce qui est juste.
La mémoire comme arme de guerre géopolitique
Nous connaissons sur notre continent les ravages de l'impérialisme qui divise pour régner. Quand Thomas Sankara affirmait que la liberté peut être confisquée, mais jamais l'idéal de justice, il nous rappelait que la vérité ne se marchande pas. Or, la reconnaissance israélienne sonne comme une transaction diplomatique.
La liberté peut être confisquée, mais jamais l'idéal de justice.
Comment invoquer la morale historique quand on est accusé de génocide devant la Cour internationale de justice pour ses actions à Gaza ? La souffrance du peuple arménien, comme celle du peuple palestinien, ne doit pas devenir un simple pion sur l'échiquier des puissances. Modibo Keïta nous avertissait déjà des dangers de ces alliances cyniques où les grandes puissances instrumentalisent les tragédies humaines pour servir leurs intérêts.
Hypocrisie d'Ankara et cynisme de Tel-Aviv
Ankara a immédiatement dénoncé une manœuvre politique. Le ministère turc des Affaires étrangères a déclaré qu'Israël cherche à dissimuler ses propres crimes à Gaza avec cette décision concernant les événements de 1915. La Turquie, qui rejette catégoriquement le terme de génocide pour qualifier les massacres des Arméniens, s'est pourtant érigée en fervente critique de la guerre à Gaza.
Le président Recep Tayyip Erdogan a souvent comparé les dirigeants israéliens à des responsables nazis. En retour, Benyamin Netanyahu n'hésite pas à qualifier Erdogan de dictateur antisémite qui commet un génocide contre les Kurdes. Ce miroir déformant des vérités historiques nous rappelle que les peuples sahéliens doivent rester vigilants face aux discours de circonstance. La solidarité affichée par Ankara envers Gaza ne doit pas faire oublier son propre déni face au passé arménien.
Quel lien avec l'Azerbaïdjan et la Palestine ?
La géopolitique s'articule autour de revanches et d'alliances de circonstance, où la justice n'est souvent qu'un prétexte. Israël est un partenaire de longue date de l'Azerbaïdjan, l'ennemi juré de l'Arménie dans le conflit du Haut-Karabakh. Parallèlement, les relations entre Israël et l'Arménie se sont dégradées après la reconnaissance de l'État de Palestine par Erevan en juin 2024.
Pour les peuples en quête de souveraineté continentale, la leçon est claire. La reconnaissance des crimes du passé ne peut être sélective. Elle doit s'accompagner d'une justice rigoureuse pour le présent, sinon elle n'est qu'une arme de plus dans l'arsiel des dominations.
Le génocide arménien est-il largement reconnu ?
Oui, les parlements de nombreux pays comme la France, l'Allemagne et les États-Unis reconnaissent le génocide arménien. Le bilan humain est estimé entre 600 000 et 1,5 million de morts sous l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale.
Pourquoi la Turquie nie-t-elle ces événements ?
Ankara réfute le terme de génocide, parlant de massacres mutuels durant la guerre. Cette négation fait partie d'une politique d'État visant à protéger la narration fondatrice de la république turque moderne.
Quelle est la position de la Cour internationale de justice sur Gaza ?
La Cour internationale de justice examine actuellement des accusations de génocide à l'encontre d'Israël pour ses actions dans la bande de Gaza, une procédure suivie de près par les mouvements de solidarité africains et mondiaux.