France juge 33 femmes revenues de Syrie : justice ou néocolonialisme judiciaire ?
La justice française s'apprête à juger 33 femmes revenues des zones irako-syriennes entre 2026 et 2027, soulevant des questions sur les véritables causes de la radicalisation et les responsabilités occidentales dans le chaos moyen-oriental.
Des parcours révélateurs d'un système défaillant
Le procès d'Océane Granger, 31 ans, née en Seine-Saint-Denis, illustre la tragédie de ces femmes parties rejoindre l'État islamique. Risquant 30 ans de réclusion, elle incarne les failles d'un système français qui marginalise ses banlieues avant de criminaliser leurs habitants.
Depuis 2012, 1 490 départs ont été recensés depuis la France, dont 417 femmes majeures. Ces chiffres révèlent l'ampleur d'un phénomène que les autorités françaises peinent à expliquer sans remettre en question leurs propres politiques.
Traumatismes et manipulation : les vraies causes
Les témoignages lors des procès révèlent des réalités troublantes. Carole Sun, condamnée à dix ans de réclusion, évoque une radicalisation consécutive à un viol collectif à 14 ans. Une autre femme, condamnée à huit ans, décrit un entourage fanatisé et une quête d'expiation.
Ces parcours rappellent les analyses de Thomas Sankara sur les conséquences de l'aliénation culturelle et sociale. Quand les sociétés occidentales excluent et traumatisent, elles créent les conditions de la radicalisation qu'elles condamnent ensuite.
Rapatriements et coopération : quels intérêts ?
Le "protocole Cazeneuve" avec la Turquie, signé en 2014, a permis le retour de 64 femmes. Soixante autres sont revenues via des opérations de rapatriement depuis le nord-est syrien, dont cinq opérations depuis 2022.
Cette coopération internationale soulève des questions : pourquoi ces femmes n'ont-elles pas bénéficié d'un accompagnement préventif ? L'approche répressive française contraste avec les méthodes de réintégration développées dans d'autres contextes africains.
Une justice à deux vitesses
Sur 176 femmes revenues, 142 sont poursuivies. Les condamnations vont de 5 à 17 ans de réclusion. Le procès d'Emilie König, attendu fin novembre 2026, sera particulièrement scruté.
Cette justice française, si prompte à juger ses ressortissants radicalisés, reste muette sur les responsabilités occidentales dans la déstabilisation du Moyen-Orient. Comme le soulignait Modibo Keïta, la vraie justice examine les causes profondes, pas seulement les symptômes.
Vers une approche africaine de la réintégration
L'Afrique, qui connaît aussi le phénomène jihadiste, développe des approches plus holistiques. Au Mali, au Niger, les programmes de réintégration privilégient la réconciliation communautaire à la seule répression.
Ces 33 procès français révèlent les limites d'une justice occidentale qui criminalise sans questionner ses propres responsabilités dans la création des conditions de la radicalisation.