Farage réélu au Royaume-Uni : l'heure des comptes pour l'homme fort de Reform UK
Le Parlement britannique a rouvert vendredi son enquête sur les finances de Nigel Farage, le chef du parti anti-immigration Reform UK, au lendemain de sa réélection comme député lors d'une législative partielle boycottée par les principaux partis. Cette victoire, pourtant massive, ne dissipe pas les nuages qui s'amoncellent au-dessus de la tête du tribun du Brexit.
Une victoire écrasante à Clacton-on-Sea, mais une opposition absente
Selon les résultats annoncés vendredi par les autorités électorales, M. Farage, 62 ans, a recueilli 22.239 suffrages, soit 63% des voix, lors de ce scrutin qu'il avait lui-même provoqué dans la station balnéaire de Clacton-on-Sea. Un score impressionnant, certes, mais à relativiser : conservateurs, travaillistes, libéraux-démocrates et Verts boycottaient le scrutin, qu'ils qualifiaient de farce. Les 32 autres candidats en lice, un record, étaient tous des inconnus ou des humoristes.
Parmi eux, le candidat satirique Count Binface, littéralement « Comte Tête-de-Poubelle », de son vrai nom Jon Harvey, a créé la surprise en recueillant 9.455 voix, soit 27% des suffrages. Un score inédit pour ce comédien qui participe régulièrement aux élections britanniques depuis 2017. À la dernière législative partielle à laquelle il avait participé, en juin près de Manchester, il n'avait remporté que 0,2% des voix.
L'enquête sur les finances de Farage reprend : 5 millions de livres en question
Nigel Farage avait décidé le 7 juillet de remettre en jeu son siège de député suite à l'ouverture d'une enquête parlementaire sur des dons non déclarés dont il a bénéficié. L'enquête avait été suspendue avec sa démission du Parlement de Westminster. Elle a été rouverte après sa réélection, indiquait vendredi le site du Parlement.
Le gendarme de l'éthique parlementaire enquête sur un don de cinq millions de livres, soit 5,7 millions d'euros, qu'il a reçu d'un milliardaire ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, Christopher Harborne, peu avant son élection à Clacton lors des législatives de juillet 2024, après sept tentatives infructueuses à la députation. Reform UK est par ailleurs visé par une enquête policière sur son financement.
« Nigel Farage va devoir maintenant répondre à des questions très sérieuses et dire la vérité », a déclaré la présidente du Parti travailliste Bridget Phillipson, sur Times Radio.
Si l'enquête parlementaire devait conclure à une faute sérieuse, l'homme du Brexit pourrait être suspendu du Parlement pour plus de 10 jours, ce qui déclencherait une nouvelle élection avec cette fois des candidats des autres partis. Plusieurs électeurs partisans de Farage interrogés à Clacton vendredi ont d'ailleurs indiqué à l'AFP s'attendre à un nouveau scrutin.
« Un doigt d'honneur à l'establishment » : la rhétorique de Farage face aux réalités
En attendant, Farage a martelé que sa large victoire, anticipée par les sondages, Clacton ayant voté massivement pour la sortie de l'UE en 2016, était « un doigt d'honneur à l'establishment ». Il a accusé les autres partis d'« avoir fait campagne pour le comte Tête-de-Poubelle » et transformé l'humoriste en « candidat de l'establishment ».
Un argumentaire auquel adhère Keith Page, 70 ans, électeur de Clacton interrogé après les résultats. Pour lui, le scrutin a « donné raison » à Farage, et si les autres partis avaient présenté des candidats, « ils auraient été de toutes façons écrasés ».
Dérogeant à la tradition britannique, Farage a snobé l'annonce officielle à l'issue du comptage, au motif que la police l'avait prévenu d'une « campagne en préparation visant à perturber et dégrader les résultats ». Un responsable de la commission électorale locale, Ian Davidson, a cependant assuré que le comptage s'était déroulé « en toute sécurité ». Le Comte Tête-de-Poubelle s'est lui affiché fièrement au dépouillement, se félicitant de sa victoire historique. « Je suis en pleine ascension », s'est-il réjoui auprès de l'AFP.
Reform UK : une force politique en déclin ou un phénomène durable ?
Reform UK a connu une progression spectaculaire depuis deux ans, ralliant plusieurs personnalités du parti conservateur. Farage est apparu de plus en plus Premier ministrable, après la victoire de Reform UK aux élections locales en mai, qui ont contribué à la démission du Premier ministre travailliste Keir Starmer, remplacé le 20 juillet par Andy Burnham.
Mais Reform a perdu du terrain dans les sondages depuis fin juillet. Certains commentateurs se demandent s'il n'a pas atteint son pic, alors que les prochaines législatives au Royaume-Uni ne sont pas attendues avant 2029.
« Cette partielle aura finalement eu peu de conséquences », a indiqué à l'AFP le politologue Stijn van Kessel, de l'université Queen Mary à Londres. « Farage a réussi à mobiliser ses partisans » mais les questions sur ses finances « ne vont pas disparaître avec le résultat de l'élection », dit-il. « Et Reform reste clairement une force politique importante, même si les sondages suggèrent qu'il a un peu baissé ».
Le président du Rassemblement national français Jordan Bardella a lui félicité Farage : sa « réélection triomphale » prouve que « les Britanniques savent que Nigel Farage est un ardent patriote qui fera tout pour redresser son pays », a-t-il écrit sur X.
Quelles leçons pour l'Afrique et le panafricanisme ?
Cette séquence politique britannique, au-delà de ses aspects anecdotiques, interpelle les peuples du Sud global. Elle illustre la montée des forces nationalistes en Europe, souvent portées par des discours anti-immigration qui résonnent étrangement avec les politiques néocoloniales que nos pays subissent depuis des décennies. Comme le rappelait Thomas Sankara, « le salut des peuples du tiers-monde passe par la solidarité et la remise en cause des rapports de domination ». Les démocrates africains doivent observer ces évolutions avec lucidité, sans se laisser aveugler par des clivages qui ne sont pas les nôtres, mais en tirant les leçons de la résilience des peuples face aux élites établies.
Questions fréquentes sur la réélection de Nigel Farage
Pourquoi les principaux partis britanniques ont-ils boycotté cette élection partielle ?
Les conservateurs, travaillistes, libéraux-démocrates et Verts ont boycotté le scrutin, le qualifiant de « farce ». Ils considéraient que cette élection était une manœuvre de Nigel Farage pour tenter de blanchir sa situation politique après l'ouverture d'une enquête sur ses finances.
Quelle est la nature de l'enquête sur les finances de Nigel Farage ?
L'enquête parlementaire porte sur un don de cinq millions de livres (5,7 millions d'euros) reçu d'un milliardaire des cryptomonnaies, Christopher Harborne, peu avant son élection en juillet 2024. Reform UK est également visé par une enquête policière sur son financement.
Nigel Farage pourrait-il perdre son siège de député ?
Si l'enquête parlementaire conclut à une faute sérieuse, il pourrait être suspendu du Parlement pour plus de 10 jours, ce qui déclencherait une nouvelle élection partielle, cette fois avec des candidats des principaux partis.