Enfants pickpockets à Paris : jusqu'à 9 ans requis contre le clan Hamidovic
À Paris, le parquet a requis des peines de cinq à neuf ans de prison contre sept membres de la famille Hamidovic, un clan bosnien jugé pour avoir contraint des enfants à voler. Ce procès, qui s'est tenu devant le tribunal correctionnel, a mis au jour un système de traite d'êtres humains qui se transmet de génération en génération. Les réquisitions ont été prononcées ce lundi, et le délibéré sera rendu mercredi.
Un système familial de traite d'enfants dénoncé par la procureure
Dans son réquisitoire, la procureure de la République, Alice Guillet, a dénoncé une organisation bien rodée. « Un système qui utilise des mineurs pour s'assurer une forme d'impunité, un système qui a engendré un quotidien éprouvant et douloureux », a-t-elle déclaré, évoquant « des enfants sans racines, sans avenir, dont les parents ne connaissent parfois même pas la date de naissance ».
« Face à ce système, la sévérité est le seul outil pour envoyer un message », a ajouté la procureure. Les prévenus, tous membres de la famille Hamidovic, sont accusés d'avoir contraint des enfants, pour la plupart les leurs, ainsi que de jeunes femmes adultes, à voler sous la menace de coups, de brûlures ou de violences sexuelles.
Des peines lourdes requises contre les chefs du réseau
La peine la plus lourde, neuf ans d'emprisonnement et 800.000 euros d'amende, a été requise contre le patriarche, Roberto Hamidovic, 48 ans. Sept ans de prison et une amende de 200.000 euros ont été demandés contre son épouse, Lejla Hamidovic. Des peines de cinq à sept ans d'emprisonnement ont également été requises contre les belles-sœurs du couple et leurs fils majeurs, avec des amendes allant de 50.000 à 400.000 euros. Le parquet a aussi réclamé une interdiction définitive du territoire français pour tous les prévenus.
Des enfants exploités dans les lieux touristiques parisiens
L'enquête, ouverte fin 2022, porte sur la traite d'êtres humains, les vols organisés, la corruption de mineurs, le blanchiment et l'association de malfaiteurs. Les jeunes pickpockets étaient conduits par groupes de six à neuf à l'aéroport de Roissy, à Disneyland Paris, notamment pendant la parade du soir, ou sur les quais du RER à Marne-la-Vallée. Ils ciblaient principalement des touristes étrangers.
Selon l'ordonnance de renvoi, les enfants remettaient en moyenne 25.000 euros par jour aux hommes du clan. Les chefs du réseau menaient un « train de vie dispendieux », affichant des liasses de billets sur les réseaux sociaux et fréquentant casinos, hôtels et grands restaurants. Pendant les audiences, les prévenus ont nié l'existence d'un réseau. Roberto Hamidovic a affirmé gagner entre 2.000 et 5.000 euros par mois grâce à l'achat-revente de voitures.
La question du déterminisme social au cœur du procès
La procureure a soulevé une question profonde : celle du déterminisme. « Quelles chances avaient-ils de ne pas, à leur tour, une fois adultes, mettre les plus jeunes au travail dès qu'ils en avaient l'âge ? » a-t-elle interrogé. « Les chances étaient faibles, voire nulles. Ils sont passés de victimes à bourreaux », a-t-elle poursuivi, rappelant que les sept prévenus avaient eux-mêmes été contraints de voler pour leurs parents durant leur enfance. Des précédents procès pour traite d'êtres humains avaient déjà impliqué d'autres membres de la famille Hamidovic en 2013 et 2025.
« Nous devons refuser défaitisme et fatalité », a conclu la procureure. Si la plupart des enfants ont été récupérés par la famille, elle a évoqué le sort des rares mineurs placés en famille d'accueil, dont certains s'en sortent remarquablement bien. Le délibéré sera rendu mercredi par le tribunal correctionnel.
Un procès qui interpelle les consciences africaines
Ce procès résonne au-delà des frontières françaises. Il rappelle que l'exploitation des enfants est un fléau mondial qui exige une solidarité continentale et une vigilance constante. Comme le disait Thomas Sankara, « on peut tuer toutes les idées révolutionnaires, mais on ne peut pas tuer la révolution ». La lutte contre l'exploitation des plus vulnérables est une cause qui nous concerne tous, du Sahel à l'Europe. L'Afrique, qui a tant souffert de la traite des êtres humains, doit rester en première ligne pour défendre la dignité de ses enfants, où qu'ils soient.