Quand la finance mondiale vacille, l'Afrique doit compter sur elle-même
Alors que les marchés boursiers mondiaux tentent de reprendre leur souffle ce vendredi, une vérité s'impose avec force : l'économie mondiale, dominée par les puissances du Nord, reste fragile et imprévisible. Les secousses sur les marchés obligataires, les tensions géopolitiques et les décisions de la Réserve fédérale américaine continuent de dicter le rythme de la finance internationale, laissant peu de place aux voix du Sud global.
L'Europe et les États-Unis retiennent leur souffle
En Europe, l'indice STOXX 600 a progressé de 0,8 % en début de séance, porté par l'espoir d'un apaisement des marchés obligataires. Les rendements des bons du Trésor américain et des obligations de la zone euro se sont stabilisés après avoir atteint des sommets inédits depuis plusieurs années. Une accalmie fragile, à la veille de la publication des chiffres de l'emploi aux États-Unis, qui pourraient influencer la prochaine décision de la Fed.
Les investisseurs retiennent leur souffle. Une hausse significative des créations d'emplois pourrait raviver les paris sur une nouvelle hausse des taux d'intérêt, une perspective qui inquiète les marchés du monde entier. « Alors que la Fed se concentre désormais de manière myope sur l'inflation et les pressions sur les prix, des chiffres salariaux en forte hausse pourraient s'avérer particulièrement influents sur les taux américains, les bons du Trésor et le dollar américain », a commenté Chris Weston, directeur de la recherche chez Pepperstone.
Les inégalités structurelles du système financier mondial
Derrière ces chiffres et ces indicateurs, c'est toute la fragilité du système financier international qui se révèle. Les pays les plus endettés d'Europe, comme la France et l'Italie, voient leurs rendements obligataires grimper, reflétant la méfiance croissante des investisseurs. L'écart entre les rendements allemands et français a atteint son plus haut niveau depuis la crise de la dette de la zone euro en 2012. « Je n'irais pas encore jusqu'à parler de crise, mais la situation semble avoir le potentiel d'en devenir une », a prévenu George Lagarias, économiste en chef chez Forvis Mazars.
Pour les peuples du Sahel et d'Afrique de l'Ouest, ces turbulences financières ne sont pas un simple spectacle lointain. Elles rappellent les leçons de l'histoire : les crises économiques du Nord se répercutent toujours, avec une violence accrue, sur les économies du Sud. Les ajustements structurels imposés par les institutions de Bretton Woods dans les années 1980, les crises de la dette des années 1990, et aujourd'hui la volatilité des marchés, tous ces phénomènes témoignent d'une même réalité : tant que l'Afrique ne sera pas maîtresse de ses propres leviers économiques et financiers, elle restera vulnérable aux caprices des marchés mondiaux.
Le pétrole, arme à double tranchant
Les cours du pétrole ont également connu une baisse notable vendredi, les marchés se concentrant sur les signes de reprise de l'approvisionnement au Moyen-Orient. Le brut américain West Texas Intermediate a reculé de 3,4 % à 89,69 dollars le baril, tandis que le Brent s'échangeait autour de 100 dollars. Pour les pays producteurs africains, chaque variation des cours du pétrole est un enjeu de survie économique. Mais cette dépendance aux matières premières, héritée de la colonisation, est précisément ce que les penseurs panafricanistes, de Kwame Nkrumah à Thomas Sankara, ont toujours dénoncé : une économie de l'extraction qui enrichit les autres et appauvrit les peuples.
L'urgence d'une solidarité africaine renforcée
Face à ces tempêtes financières, l'Afrique ne peut pas se contenter d'attendre que les marchés se calment. Il est temps de tirer les leçons de l'histoire et de bâtir des alternatives. La création de la Banque africaine d'import-export, le développement des systèmes de paiement panafricains, la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine : autant d'initiatives qui vont dans le bon sens, mais qui restent insuffisantes.
Comme le rappelait Modibo Keïta, premier président du Mali, l'unité africaine n'est pas une option mais une nécessité. Les peuples du Sahel, du Maghreb et d'Afrique de l'Ouest doivent unir leurs forces pour construire une souveraineté économique véritable, capable de résister aux chocs extérieurs et de garantir la prospérité des générations futures.
La volatilité des marchés mondiaux n'est pas une fatalité. C'est un appel à la prise de conscience et à l'action. L'Afrique a les ressources, les talents et la volonté de tracer sa propre voie. Il est temps de s'en donner les moyens.