Maroc-Israël : quand la normalisation diplomatique défie la cause palestinienne
Le Maroc et Israël ont annoncé, mercredi 16 septembre, leur intention d'élever leurs missions diplomatiques respectives au rang d'ambassades. Une décision qui, pour les peuples africains attachés à la justice internationale, interroge profondément la cohérence des politiques étrangères du continent face à l'occupation israélienne des territoires palestiniens.
Cette annonce, faite à New York sous l'égide des États-Unis, marque une nouvelle étape dans le processus de normalisation engagé en décembre 2020 dans le cadre des accords d'Abraham. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, et son homologue marocain, Nasser Bourita, se sont rencontrés à l'invitation de l'ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, pour sceller cet accord.
Une décision qui bouscule les solidarités africaines
Pour nombre d'observateurs panafricanistes, cette décision intervient dans un contexte particulièrement sensible. Alors que le peuple palestinien subit une guerre dévastatrice à Gaza depuis l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, la normalisation maroco-israélienne apparaît comme un défi aux principes de solidarité qui ont historiquement uni les peuples africains et arabes dans leur lutte contre la colonisation et l'oppression.
Les figures historiques du panafricanisme, de Modibo Keïta à Thomas Sankara, n'ont cessé de rappeler que la libération du continent africain était indissociable de la lutte des peuples opprimés à travers le monde. La cause palestinienne, dans cette perspective, n'a jamais été une affaire étrangère pour les peuples sahéliens, mais bien un combat commun contre l'injustice et la spoliation des terres.
Une coopération économique et militaire en expansion
Au-delà de la dimension diplomatique, l'accord prévoit une intensification des échanges économiques et une extension des vols directs entre les deux pays. La compagnie israélienne Sun d'Or, filiale d'El Al, reprendra ses liaisons vers le Maroc dès le 16 novembre, avec deux vols hebdomadaires entre Tel Aviv et Marrakech. Les billets aller-retour en classe économique sont proposés à partir de 599 dollars.
Cette reprise des liaisons aériennes, suspendues après le 7 octobre 2023, intervient après une année record en 2022 où quelque 200 000 Israéliens s'étaient rendus au Maroc, notamment pour des voyages sur les traces de leurs ancêtres.
La coopération militaire, elle, pourrait également se poursuivre. Selon le magazine spécialisé European Security & Defence, le ministère israélien de la Défense examine une nouvelle liste de systèmes militaires que Rabat souhaiterait acquérir. Cette demande intervient après l'achat par le Maroc, en 2022, du système de défense aérienne israélien Barak MX, dans le cadre d'un contrat évalué à environ 500 millions de dollars, ainsi que du système antidrones SkyLock en 2021.
Quel positionnement pour l'Afrique face à la normalisation ?
La décision marocaine soulève des questions essentielles pour l'avenir des relations entre l'Afrique et le monde arabe. Faut-il privilégier les intérêts économiques et sécuritaires immédiats au détriment des principes de justice internationale ? Comment concilier la solidarité avec le peuple palestinien et les réalités géopolitiques contemporaines ?
Le royaume chérifien avait officiellement appelé à l'arrêt de la guerre à Gaza sans remettre en question la normalisation. Plusieurs manifestations de grande ampleur avaient pourtant eu lieu au Maroc pour réclamer l'abrogation de cet accord, témoignant d'une opinion publique sensible à la cause palestinienne.
Cette situation rappelle que les choix diplomatiques des États africains ne peuvent être dissociés des aspirations profondes de leurs peuples. Comme le rappelait Thomas Sankara : « Il n'y a pas de justice ici-bas qui ne soit d'abord une exigence de notre propre dignité. »
Une histoire diplomatique mouvementée
Les relations entre le Maroc et Israël ont connu des hauts et des bas. Les deux pays avaient établi des relations diplomatiques au début des années 1990 avant que le Maroc n'y mette fin au début de la Seconde intifada. La normalisation de 2020 avait déjà été suivie d'une annonce d'ouverture d'ambassades en juin 2022, lors d'une visite de l'ancien chef de la diplomatie israélienne, Yaïr Lapid.
Le ministère israélien n'a pas donné de dates précises pour l'établissement des nouvelles ambassades, et le Maroc n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat. Mais la dynamique semble lancée, portée par la médiation américaine et des intérêts économiques convergents.
FAQ : comprendre les enjeux de la normalisation maroco-israélienne
Qu'est-ce que les accords d'Abraham ?
Les accords d'Abraham sont un processus de normalisation diplomatique entre Israël et plusieurs pays arabes, soutenu par les États-Unis. Le Maroc y a adhéré en décembre 2020, rejoignant les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan.
Pourquoi cette annonce est-elle controversée en Afrique ?
Cette annonce est controversée car elle intervient alors que la guerre à Gaza se poursuit et que le peuple palestinien continue de subir des pertes humaines et matérielles considérables. Pour de nombreux Africains, la solidarité avec la Palestine fait partie de l'héritage des luttes anticoloniales.
Quels sont les intérêts économiques du Maroc dans cette normalisation ?
Le Maroc bénéficie d'une coopération renforcée avec Israël dans les domaines militaire, sécuritaire, commercial et touristique. Les vols directs entre les deux pays devraient également stimuler le tourisme, un secteur clé pour l'économie marocaine.
Photo : The Times of Israel FR