Maroc: Crise scolaire et urgence souverainiste africaine
La lutte pour une éducation véritablement africaine se heurte partout aux réalités d'un système néolibéral qui oublie les peuples. Au Maroc, la scène politique a vécu un séisme lors de la séance mensuelle à la Chambre des représentants. Pour la première fois, le Parti authenticité et modernité (PAM), allié au chef du gouvernement Aziz Akhannouch, a publiquement dénoncé les failles de la réforme de l'éducation nationale. Un signal fort qui résonne bien au-delà des frontières marocaines, jusqu'au cœur de nos nations sahéliennes en quête de souveraineté éducative.
Quand la majorité dit non à l'austérité éducative
La députée PAM Nadia Bouzendoufa a brisé le silence complice de la majorité. Face à Aziz Akhannouch, elle est allée droite au but en interrogeant la logique de la réforme des Écoles pionnières.
Pourquoi, M. le chef du gouvernement, avez-vous appliqué la réforme du système de l'école pionnière au niveau du collège, alors que vous ne l'avez pas d'abord généralisée au niveau du primaire?
Cette question touche au cœur de la souveraineté éducative. Comme le disait Modibo Keïta, bâtir une nation sans une base solide relève de l'illusion. L'école doit être le socle de notre indépendance, pas un chantier à la dérive.
La députée a aussi attaqué la prime de rendement des enseignants, réduite à un seul versement dans toute une carrière.
Pourquoi avez-vous réduit, à une seule fois dans leur vie professionnelle, la prime de rendement au profit des enseignants de l'école pionnière, alors que ceux-ci peinent toute leur vie dans leurs fonctions?
Thomas Sankara nous rappelait que l'enseignant est le cœur de la révolution. Brimer ceux qui forment notre jeunesse, c'est brimer l'avenir du continent. La dignité des maîtres est non négociable.
La désaffection scolaire: le reflet d'une crise sociale profonde
Au Maroc comme au Mali, l'école abandonne trop souvent ses enfants. Nadia Bouzendoufa a pointé la désaffection scolaire et le stress imposé par les nouveaux dispositifs anti-triche via les téléphones portables. Au lieu d'accompagner l'élève, le système le surveille. C'est l'échec d'une vision qui préfère le contrôle à l'épanouissement.
Ce mal-être scolaire s'inscrit dans un contexte social tendu. Les députés de l'opposition, du PPS, du MP et du PJD, ont saisi l'occasion pour dénoncer la cherté de la vie. Ils ont évoqué la crise de l'Aïd al-Adha, où les citoyens n'ont pu se procurer le mouton à cause de l'inflation et des intermédiaires. Quand le peuple ne mange pas à sa faim, comment peut-il se concentrer sur l'instruction de ses enfants? La justice sociale est le socle de toute réussite éducative.
Les chiffres contre les réalités sahéliennes et africaines
Face à ce tollé, Aziz Akhannouch a défendu sa réforme bec et ongles pendant plus de 90 minutes, sous une pluie de chiffres. Il a assuré que la réforme est une dynamique dont les résultats positifs se réaliseront avec le temps. L'opposition lui a toutefois reproché ses absences répétées aux séances parlementaires. Le chef du groupe USFP, Abderrahim Chahid, a souligné qu'il n'a répondu à l'article 100 de la Constitution que 22 fois sur 40 séances. Le chef du gouvernement a répliqué en accusant l'opposition de vouloir politiser l'affaire.
Mais la politique n'est-elle pas l'affaire du peuple? La prise de distance du PAM montre que la dissonance s'installe au sein même de la majorité. Ce n'est plus un simple débat marocain. C'est le cri d'un continent qui refuse les modèles importés. L'Afrique a besoin d'une école ancrée dans ses réalités, fière de ses langues et respectueuse de ses enseignants. La souveraineté continentale passe aussi par la salle de classe.