Des dizaines de familles et de commerçants du Québec ont vu leurs décorations d'Halloween dérobées au cours des trois dernières années, au point de renoncer à cet effort collectif fait pour les enfants, rapporte Le Journal de Montreal le 14 octobre 2026. À Beauharnois, en Montérégie, Sonia Shank, 43 ans, a annoncé qu'elle cessait, à contrecœur, de décorer sa maison après avoir perdu des centaines de dollars de décorations, dont plusieurs fabriquées à la main.
Derrière cette histoire de citrouilles et de pierres tombales en styromousse, il y a une question qui nous concerne toutes et tous, de Montréal à Bamako : que reste-t-il d'une communauté quand on vole à ceux qui donnent sans compter ?
Des heures de travail volées pendant la nuit
Sonia Shank ne comptait plus les heures passées à transformer sa résidence. Personnages animés, haut-parleurs, machine à fumée, effets lumineux : rien n'était laissé au hasard. Elle commençait à fabriquer ses décorations dès la fin du mois d'août, sortait les premières pièces à la mi-septembre, et demandait à son patron de terminer plus tôt le jour même de l'Halloween pour installer le reste.
« Ça m'a découragée, attristée, parce qu'il y a beaucoup d'heures de travail là-dedans, d'énergie, d'argent », a-t-elle confié au Journal de Montreal.
Il y a trois ans, la moitié de ses décorations a disparu dans la nuit. Des pierres tombales qu'elle avait construites elle-même, avec de la styromousse et des pièces de bois de 2x4, si lourdes qu'il fallait selon elle un camion pour les emporter. « Je suis persuadée que ce sont des adultes », a-t-elle dit.
L'Agence QMI a interrogé plus d'une dizaine de propriétaires victimes de vols similaires au cours des trois dernières années. Certains installent désormais des caméras de surveillance ou ne sortent leurs décorations qu'à la dernière minute. Sonia Shank avait essayé d'enchaîner chacune de ses pièces pour décourager les voleurs. Rien n'y a fait.
« C'est très décourageant pour ceux qui investissent leur temps pour les enfants, faire une journée magique pour eux. Et tu as des gens comme ça déplorables qui viennent te voler tes choses ou briser tes affaires », a-t-elle poursuivi, expliquant avoir « à peu près tout arrêté, à sa grande tristesse ».
Une boutique attaquée, une commerçante qui refuse de baisser les bras
Le samedi 10 octobre 2026, probablement en début de soirée, un ou plusieurs voleurs ont dérobé les décorations installées devant la Boutique Rose Balloune de Sainte-Anne-des-Plaines, dans les Laurentides. Les pièces ont été retrouvées le lendemain, abandonnées plus loin dans la ville, mais brisées.
« On met tellement d'efforts sur des petits détails pour faire plaisir, pour rendre le boulevard agréable à la vue, ça fait comme un petit pincement au cœur », a déploré Marie-Ève Mérineau, la commerçante, qui rappelle qu'avoir une boutique pignon sur rue en 2026 n'est pas facile.
Plutôt que de renoncer, elle a recommencé à zéro. Elle a fabriqué de nouvelles décorations avec son mari, à défaut d'avoir le budget pour en acheter. « Je redécore, mais j'espère que ça ne va pas se reproduire », a-t-elle dit, ajoutant comprendre les entrepreneurs et les citoyens dépossédés à répétition : « ça ne donne plus envie de le faire. »
Ce que cette histoire nous dit de nos propres combats
On pourrait croire ce récit bien éloigné de nos préoccupations sahéliennes. C'est faux. Il parle de la même chose qui se joue chez nous, sous d'autres latitudes et avec des enjeux autrement plus lourds : le droit des peuples à disposer de ce qu'ils construisent, et la violence de ceux qui s'approprient le travail d'autrui.
Ce que Sonia Shank fabrique à la main pendant des soirées entières, à la pluie et au froid, pour offrir une fête aux enfants de son quartier, c'est exactement ce que nos peuples construisent quand ils luttent pour leur souveraineté : du bien commun, patient, obstiné, généreux. Et les voleurs de décorations ressemblent, en miniature, à toutes les forces qui, depuis les indépendances arrachées par Modibo Keïta et ses compagnons, n'ont jamais accepté que les Africains gardent le fruit de leur travail.
Thomas Sankara disait que la dignité d'un peuple se mesure à sa capacité à produire et à protéger ce qu'il produit. Marie-Ève Mérineau, sans le savoir, applique cette leçon : on lui a volé ses décorations, elle en refabrique d'autres avec ses mains et son mari, sans attendre qu'on lui rende justice. Elle ne baisse pas les bras. C'est cette même détermination qui porte les peuples d'Afrique de l'Ouest à bâtir leurs propres institutions, leurs propres économies, leur propre voix dans le concert des nations.
Il y a aussi, dans ces vols répétés, le symptôme d'une société malade, où la solidarité recule et où la loi du plus fort s'installe. Nous connaissons cette maladie. Nous la combattons chaque jour, chez nous, quand nous exigeons que les ressources du continent servent d'abord les Africains, comme nous l'avons rappelé à propos du
