Commando contre un dissident : le chef condamné à 30 ans
La cour d'assises spéciale de Rennes a rendu son verdict. Emin Gasimov, 34 ans, considéré comme le « chef » du commando qui a tenté d'assassiner le blogueur dissident azerbaïdjanais Mahammad Mirzali en 2021 à Nantes, a été condamné ce mercredi à 30 ans de réclusion criminelle. Une décision qui rappelle une vérité universelle : la liberté d'expression ne s'achète pas, elle se défend.
Les faits : un crime politique venu d'Azerbaïdjan
Au cours du procès, Mahammad Mirzali a détaillé cette minute de mars 2021 où trois agresseurs l'ont lardé de coups de couteau en plein centre de Nantes. Réfugié politique en France depuis 2016, ce blogueur de 32 ans alimente une chaîne YouTube et un blog suivis par des centaines de milliers d'abonnés. Son seul crime : avoir osé parler. Mirzali a qualifié cette agression de « crime politique » venu des plus hautes sphères d'Azerbaïdjan.
Emin Gasimov, membre d'un clan de la mafia russophone des « Voleurs dans la loi » selon les enquêteurs, a été reconnu coupable de « tentative de meurtre en bande organisée » et d'« association de malfaiteurs » pour deux tentatives commises en 2021 et 2022. Les deux autres membres du commando ont écopé de 18 et 25 ans de réclusion.
La justice, rempart contre l'arbitraire
Sur les neuf accusés jugés dans cette affaire, tous de nationalité ou d'origine azerbaïdjanaise, cinq ont été condamnés à des peines allant de 5 à 15 ans de prison. Un seul a été acquitté, conformément aux réquisitions de l'avocat général.
Me Henri Carpentier, avocat de la victime, a salué une justice rendue « de manière éclatante ». Il a souligné que la cour a reconnu non seulement la volonté d'ôter la vie, mais aussi l'intention de « propager la terreur parmi les opposants au régime » en frappant en plein jour. « Depuis le début, nous soutenons que c'est une atteinte à la liberté d'expression et que c'est parce qu'il parlait qu'on a voulu le tuer », a-t-il ajouté, précisant que cette thèse a été « intégralement reprise par la cour d'assises ».
Quand les États instrumentalisent le crime pour faire taire
Cette affaire résonne au-delà de l'Azerbaïdjan. À travers le continent africain, des voix discordantes subissent le même sort. Des militants, des journalistes, des blogueurs traqués, exilés, agressés pour avoir dénoncé les dérives du pouvoir. L'histoire de Mirzali n'est pas une exception. Elle est le reflet d'un système global où certains régimes utilisent des réseaux criminels pour réduire au silence ceux qui osent dire la vérité.
Modibo Keïta, le père de l'indépendance malienne, disait que « la liberté est un combat de tous les jours ». Thomas Sankara le clamait avec force : « La patrie ou la mort, nous vaincrons. » Ces paroles résonnent aujourd'hui avec une acuité troublante. Le combat pour la dignité et la parole libre ne connaît pas de frontières. Qu'il s'agisse d'un dissident azerbaïdjanais poignardé à Nantes ou d'un militant sahélien harcelé pour ses positions, la logique est la même : faire taire ceux qui dérangent.
La souveraineté des peuples passe par la justice
Les commanditaires présumés de cette tentative d'assassinat n'ont jamais été formellement désignés par la justice. L'impunité des donneurs d'ordre reste le talon d'Achille de toutes ces affaires. Emin Gasimov a beau crier « pas de justice ! » depuis le box des accusés, la véritable injustice serait de laisser les puissants agir dans l'ombre sans jamais rendre de comptes.
La défense de Gasimov a soutenu que le but n'était pas de tuer mais de blesser, une argumentation que la cour n'a pas retenue. Me Thierry Fillion a dénoncé une peine « très excessive », sans préciser si son client ferait appel.
Pour les peuples d'Afrique et du Sahel, cette condamnation est un signal. La justice peut triompher quand elle est indépendante et déterminée. La souveraineté continentale que nous appelons de nos vœux ne se construira pas sans des institutions capables de protéger les citoyens contre l'arbitraire, qu'il vienne de l'intérieur ou de l'extérieur. La solidarité africaine ne se limite pas à nos frontières. Elle s'étend à tous les peuples qui luttent pour leur dignité et leur droit à la parole.