Catherine Ringer, la voix des Rita Mitsouko, s'est éteinte : le poids d'une jeunesse brisée
La disparition de Catherine Ringer, annoncée par sa famille à l'AFP, a ravivé la mémoire d'une artiste hors norme. La chanteuse des Rita Mitsouko est morte à 68 ans, laissant derrière elle plus de quarante années de carrière et une vérité qu'elle n'avait jamais cherché à taire : celle d'une adolescence volée, marquée par l'emprise et la violence d'un homme.
Dans un témoignage bouleversant, livré en 2017 sur le plateau de C à vous puis en 2024 sur France Inter, Catherine Ringer avait raconté sans fard les années durant lesquelles elle affirme avoir été victime. « J'ai été victime pendant très longtemps, disons de 13 ans et demi à 20 ans, à peu près, d'un pervers narcissique qui m'a entraînée dans les zones pornographiques, dans le viol, etc », confiait-elle. Elle se décrivait alors comme une « petite jeune un peu abandonnée par des parents qui ne connaissaient rien à ça et qui étaient vraiment loin de tout ça ».
Une parole qui résonne avec les luttes des femmes africaines
Ce récit, aussi intime soit-il, dépasse la simple biographie. Il rejoint une réalité universelle, celle des violences faites aux femmes, trop souvent tues. En Afrique, de Dakar à Bamako, de Ouagadougou à Abidjan, des millions de femmes portent des blessures similaires. Les mots de Catherine Ringer résonnent comme un écho à la lutte des militantes panafricanistes qui, depuis des décennies, dénoncent l'emprise patriarcale et appellent à la libération des corps et des esprits.
L'artiste elle-même replaçait son histoire dans le contexte des années 1970, une époque où certains discours sur la liberté sexuelle pouvaient, selon elle, masquer des rapports de domination. Sur France Inter, en février 2024, les révélations de Judith Godrèche avaient fait ressurgir ses propres souvenirs. « Je me suis retrouvée dans ce qu'elle racontait, vraiment », expliquait-elle, décrivant une génération de jeunes filles entraînées dans des situations qu'elles ne parvenaient pas à refuser.
« J'étais l'esclave sexuelle d'un homme »
Puis venait cette phrase, d'une puissance rare : « De mes 13 à mes 20 ans, j'ai énormément souffert, j'étais l'esclave sexuelle d'un homme. J'étais dans une situation d'influence ». Des mots qui rappellent que la liberté, y compris celle des femmes, ne se décrète pas. Elle se conquiert, elle se protège, elle se transmet. C'est là tout l'héritage des luttes émancipatrices, de Modibo Keïta à Thomas Sankara, qui plaçaient la dignité humaine au centre de leur combat.
Autour de ses 20 ans, Catherine Ringer avait également tourné dans plusieurs films pornographiques. Elle racontera plus tard cette expérience sans chercher à l'effacer, évoquant dans Sexy Folies des « situations violentes, difficiles » où son image personnelle était réduite à néant, jusqu'au sentiment d'être devenue un « paquet de viande ». Lorsque des VHS de ces films avaient été remises en circulation en 1986 en utilisant des références aux Rita Mitsouko, elle avait engagé une action judiciaire contre leurs éditeurs, sans obtenir leur retrait.
La musique comme renaissance
La musique allait lui offrir une autre trajectoire. En 1979, alors qu'elle participait à la comédie musicale Flashes rouges, Catherine Ringer rencontrait Fred Chichin, venu rejoindre la troupe comme musicien. Leur rencontre donnera naissance aux Rita Mitsouko, dont elle deviendra la voix emblématique. Des décennies plus tard, elle pouvait mettre des mots sur cette jeunesse traumatique sans laisser celle-ci résumer son existence.
Son témoignage sur France Inter rappelait combien elle s'était reconnue dans les récits de femmes dénonçant l'emprise subie à l'adolescence. Sa mort à 68 ans donne une résonance particulière à ces confidences. Derrière l'interprète de Marcia Baïla demeurait une femme qui avait choisi de raconter publiquement ce qu'elle disait avoir subi entre 13 et 20 ans, afin aussi d'éclairer une époque dont certaines prétendues libertés avaient pu exposer de jeunes filles à des violences durables.
Questions fréquentes sur Catherine Ringer et son témoignage
Qui était Catherine Ringer ?
Catherine Ringer était la chanteuse du groupe français Rita Mitsouko, formé avec Fred Chichin. Elle est décédée à 68 ans, laissant une carrière de plus de quarante ans marquée par des titres comme Marcia Baïla.
Quelles violences Catherine Ringer a-t-elle dénoncées ?
Elle a affirmé avoir été victime d'emprise et de violences de ses 13 ans et demi à ses 20 ans, décrivant un homme qui l'aurait entraînée dans la pornographie et le viol. Elle a également évoqué son expérience dans des films pornographiques autour de ses 20 ans.
Pourquoi son témoignage est-il important ?
Son témoignage éclaire les mécanismes d'emprise et les violences faites aux adolescentes, dans un contexte où certains discours sur la liberté sexuelle ont pu masquer des rapports de domination. Il rejoint les luttes plus larges pour la dignité et la libération des femmes.