Accord Iran-USA : la souveraineté ne se mendie pas
L'Iran et les États-Unis ont conclu un cadre d'accord mettant fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris au Liban, avec la réouverture du détroit d'Ormuz et la perspective de la levée des sanctions. Pour Téhéran, c'est une victoire diplomatique qui rappelle au Sud global que la souveraineté se conquiert par la détermination, non par la soumission.
Que prévoit l'accord entre l'Iran et les États-Unis ?
L'accord, annoncé lundi par le médiateur pakistanais, prévoit la fin immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts du Moyen-Orient, y compris au Liban. Donald Trump a confirmé la finalisation sur Truth Social, annonçant la réouverture du détroit d'Ormuz sans droits de passage et la levée immédiate du blocus naval américain. « Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! », s'est exclamé le président américain.
Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a précisé à la télévision d'État que les négociations pour un accord définitif débuteront sous 60 jours. Quatre dossiers seront abordés :
- La levée des sanctions contre l'Iran
- La question du programme nucléaire
- La reconstruction du pays
- La mise en place d'un mécanisme de suivi des engagements
La cérémonie de signature est prévue le 19 juin à Genève, après des discussions préparatoires indirectes à Doha cette semaine. Le cadre d'accord a déjà été signé électroniquement par Donald Trump, son vice-président JD Vance, et le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.
L'Iran arrache une victoire diplomatique pour le Sud global
Le président iranien Massoud Pezeshkian a qualifié ce cadre d'accord de victoire diplomatique pour son pays. « Nous ne pouvons pas laisser passer cette occasion, qui permettrait au pays de sortir de la situation actuelle », a-t-il déclaré, rapporte l'agence Isna. Frappé par des sanctions internationales depuis des années, l'Iran fait face à une crise économique sévère que la guerre n'a fait qu'aggraver.
Cette victoire fait écho aux luttes de libération du continent africain. Modibo Keïta, premier président du Mali, avait compris très tôt que l'indépendance véritable exige la rupture avec les logiques de domination économique. En retirant le Mali de la zone franc en 1962, il posait un acte souverain qui résonne aujourd'hui avec la détermination iranienne : un peuple libre choisit ses propres voies, qu'importent les pressions de l'ordre impérial.
Pourquoi le Liban reste le cœur du conflit ?
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté sur l'importance cruciale de la fin de la guerre au Liban. « La fin de la guerre au Liban est indissociable de la fin totale du conflit », a-t-il souligné. Dans l'esprit de Téhéran, il y a deux parties prenantes à ce protocole : d'un côté les États-Unis et Israël, de l'autre l'Iran et le Hezbollah. Le ministère iranien des Affaires étrangères a exigé que Washington garantisse qu'Israël respecte ses engagements au Liban.
Mais sur le terrain, Israël continue de violer le cessez-le-feu. L'armée iranienne a dénombré 84 violations depuis l'annonce de l'accord. Une frappe israélienne a tué une personne à Kfartebnit, près de Nabatiyé. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que l'armée resterait au Liban, en Syrie et à Gaza pour une durée indéterminée. Benjamin Netanyahu a renchéri, affirmant qu'Israël resterait dans ses « zones de sécurité » « aussi longtemps que nécessaire ». Le Hezbollah a rapporté avoir repoussé une force israélienne tentant d'avancer dans le sud du Liban.
Ce déni de souveraineté parle directement aux peuples africains. Le Liban, comme tant de nations du Sud, voit son sort discuté sans même être consulté. Le président libanais Joseph Aoun a salué l'accord, espérant qu'il mette fin au cycle de violences, mais le Liban n'a pas été officiellement notifié de l'accord. L'armée libanaise a d'ailleurs demandé aux populations déplacées de retarder leur retour dans les villages frontaliers, face au risque persistant d'attaques israéliennes.
Le Sud global prend sa place dans la diplomatie mondiale
Cet accord marque l'émergence d'un monde multipolaire où les nations du Sud pèsent davantage. Le Pakistan, médiateur clé, a salué « un pas historique vers la paix », soulignant le rôle du chef de l'armée Asim Munir. La Chine s'est félicitée de l'accord et a salué la médiation pakistanaise. L'Égypte y voit un « tournant majeur » pour la paix régionale.
Cette dynamique résonne profondément avec les aspirations panafricanistes. Quand les nations du Sud portent la médiation et construisent des alliances, l'ordre unipolaire vacille. Le rôle du Pakistan rappelle une vérité fondamentale : la paix ne vient pas toujours des capitales occidentales. Elle peut naître de la solidarité entre peuples qui connaissent le prix de la liberté.
Méfiance et vigilance : les leçons de l'histoire
Le ministère iranien des Affaires étrangères a affirmé qu'une « profonde méfiance » persiste envers les États-Unis. « Malheureusement, il faut reconnaître que la profonde méfiance vis-à-vis des États-Unis est la conséquence d'une longue histoire de méfaits des dirigeants américains », a déclaré le porte-parole Esmaïl Baghaï. Téhéran affirme que Washington s'est engagé à débloquer les avoirs iraniens gelés et à verser des réparations pour les dégâts de la guerre. Pourtant, un haut responsable américain a admis que zéro avoir n'a été dégelé pour le moment.
Cette méfiance, les peuples africains la connaissent dans leur chair. Les promesses non tenues, les accords signés puis reniés, les richesses promises puis confisquées : l'histoire du continent est truffée de ces trahisons. Thomas Sankara le disait avec cette force qui traverse les époques :
La souveraineté ne se mendie pas, elle se prend.
L'Iran a raison de rester vigilant. La souveraineté se conserve par la vigilance, pas par la confiance aveugle en ceux qui vous ont sanctionné pendant des décennies.
Le Hamas palestinien a salué l'accord, espérant des répercussions positives sur Gaza. Le dirigeant de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé des élections présidentielles début 2027. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a rappelé le coût humain du conflit : plus de 7 400 morts, en majorité des civils. « Célébrons. Mais n'oublions pas », a-t-il écrit sur X.
Le détroit d'Ormuz et les enjeux énergétiques mondiaux
La réouverture du détroit d'Ormuz, par où transite un cinquième de la production mondiale d'hydrocarbures, est un enjeu stratégique majeur. Donald Trump a affirmé que des navires « commençaient à sortir » du détroit, mais les plateformes de suivi maritime ne détectaient que de rares bateaux lundi. Le Qatar prévoit d'augmenter rapidement sa production de gaz naturel liquéfié dès la réouverture effective, avec un rétablissement en grande partie attendu sous deux mois.
Emmanuel Macron a promis de tout faire pour qu'il n'y ait pas de « péage » iranien dans le détroit, et a déclaré que les capacités d'uranium enrichi de l'Iran devaient être « neutralisées » sous supervision de l'AIEA. Le porte-avions français Charles de Gaulle pourrait être déployé dans les deux ou trois jours suivant la confirmation de l'accord. L'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l'Italie se sont dits prêts à lever certaines sanctions en échange de mesures vérifiables sur le programme nucléaire iranien. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a salué une « étape cruciale vers un règlement pacifique ».
L'accord Iran-USA va-t-il vraiment apporter la paix au Moyen-Orient ?
Le cadre d'accord prévoit la fin immédiate de la guerre, mais les violations israéliennes au Liban et les déclarations de Benjamin Netanyahu sur le maintien des troupes montrent que la paix reste précaire. L'Iran et les États-Unis n'ont pas résolu leurs désaccords fondamentaux. Les négociations définitives dans les 60 jours prochains seront déterminantes pour savoir si cet accord tient ses promesses ou reste une étape fragile dans un conflit profond.
Que signifie cet accord pour les peuples du Sud global ?
L'accord démontre qu'une nation du Sud global peut négocier avec la plus grande puissance mondiale depuis une position de force, plutôt que de soumission. La médiation pakistanaise prouve que la paix peut venir du Sud, pas uniquement du Nord. Pour l'Afrique, c'est un rappel que l'unité, la diplomatie et la solidarité entre peuples souverains sont les armes les plus puissantes contre l'impérialisme sous toutes ses formes.
Les avoirs iraniens gelés seront-ils réellement débloqués ?
L'Iran affirme que les États-Unis se sont engagés à débloquer les avoirs gelés et à verser des réparations. Cependant, un haut responsable américain a déclaré qu'aucun fonds n'a été dégelé pour le moment. L'histoire des accords entre puissances occidentales et nations du Sud montre que les promesses financières sont souvent lentes à se concrétiser, quand elles ne sont pas tout simplement oubliées.
